Pour faire de ce passé lointain table rase, la droite s’est trouvée, au sortir de la guerre, un « sauveur suprême » avec De Gaulle. Au passage, ce dernier permettra de faire oublier le vote des pleins pouvoirs à Pétain, le 10 juillet 1940. Mais même le Général n’était pas parfait à leurs yeux. Il a fondé, avec Pierre Laroque (Conseiller d’État), la Sécurité sociale ; ce qui a permis à la droite de se réconcilier avec le social. Il a opéré, avec Maurice Thorez (communiste), les premières nationalisations. Il a été le fossoyeur de la colonisation. Trop de Droit, trop d’État pour les droites institutionnelles … De Gaulle a ainsi connu un seul véritable contre-pouvoir : le Sénat, pourtant à droite. Même l’Assemblée Nationale s’est opposée une fois au Général en votant une motion de censure contre le premier Gouvernement Pompidou en 1962 : il avait osé proposer, par référendum, l’élection du Président au suffrage universel. Inimaginable !

Délesté de ce passé, les droites peuvent aujourd’hui assumer une conception idéologique de la Nation qui ne pourrait réunir que ceux qui partagent les mêmes origines, la même histoire donc les mêmes valeurs et traditions. On est ici très loin du concept de « vivre ensemble » adopté par la gauche.

Les droites se cantonnent d’ailleurs dorénavant à des évidences : l’effort, l’autorité, la responsabilité, l’identité et la sécurité priment sur le reste. De plus, elles ont trouvé des cibles pour assurer la cohésion de leur troupes : · les chômeurs et assistés : L.Wauquiez parle de cancer de la société pour les bénéficiaires de minima sociaux, mais se prive bien de critiquer les exilés fiscaux (cf http://www.atd-quartmonde.fr/Campagne-contre-les-idees-recues,2460.html) ; · les étrangers et la laïcité : la circulaire Guéant, le discours de Latran de Nicolas Sarkozy ;

L’auteur concède tout de même aux droites parlementaires des droits nouveaux, comme la contraception, le droit à l’avortement, la suppression du chef de famille, le droit de l’enfant naturel ou le droit au divorce.

Puisque l’histoire ne semble pas convenir à la droite, Gaëtan Gorce se penche sur l’état de l’économie française. Mais, là encore, le bilan de la droite est catastrophique. En effet, après correction de l’impact de la crise, le déficit s’élevait à 1,6 % du PIB en 2001, 3,5 % en 2007 et 3,1 % en 2011 ! L’endettement, qui s’était réduit de 800 millions d’€ entre 1997 et 2002 (Gouvernement Jospin) est passé, sur 30 ans, de 110 à 1.717 milliards d’€.

La dépense fiscale a ainsi augmenté de 60 % depuis 2004 alors que l’État, dirigé par la droite, renvoyait aux mutuelles ou aux assurances privées la part de couverture sociale que les impôts et les cotisations ne suffisaient plus à financer… triste bilan pour de soi-disant meilleurs gestionnaires.

L’auteur ne se limite cependant pas exclusivement à l’étude des droites françaises dans son ouvrage. Il jette aussi un regard sur notre parti, le Parti Socialiste. Il estime ainsi que le changement s’opérera dans le pays uniquement si le PS commence à se changer lui-même (cf. http://gorce.typepad.fr/blog/2013/04/la-crise-dun-syst%C3%A8me.html). Il regrette que la gauche « ne travaille plus à une réévaluation des valeurs de coopération, au service du bien commun, qu’appellent les conséquences de la dérégulation financière tout comme le réchauffement climatique que les lois du marché se révèlent incapables de ralentir ». Et de conclure en souhaitant que la gauche « ne laisse pas les grands problèmes se résoudre par le simple mouvement des choses », bref qu’elle soit l’héritière de sa propre Histoire.