C’est finalement pas très glamour un bilan. Alors on fait court, pour ne pas ennuyer. Et le lendemain, plus rien… On zappe ! Les inondations, comprenez … A ce rythme, la plupart des citoyens ne s’informent plus : ils consomment de l’information. Nuance… Et quelle information ! Sans vouloir en rajouter une couche (pure formule stylistique de ma part qui annonce qu’en fait, je vais en remettre une et une sévère), force est de constater que les journaux papiers, TV ou électroniques sont prêts à relayer, le plus vite possible, n’importe quel ragot pour ne pas rater le buzz … pardon, un scoop !

Loin de moi les amalgames : il existe encore une presse d’investigation qui fait son travail honnêtement, qui recoupe ses sources et vérifie les faits. Nous autres socialistes, nous sommes bien placés pour le savoir puisque c’est bien Médiapart qui a sorti l’affaire Cahuzac. Mais pour un Watergate, combien d’articles vides (au mieux !)

Soyons honnête, les journalistes ne sont pas les seuls fautifs. La « communication » a été élevée au rang de religion, avec ses gourous : les spin doctors ou les publicitaires, on ne sait plus très bien. Que cela soit dans le monde politique, du commerce, des affaires ou de la vie de tous les jours, pour exister, il faut « faire le buzz », c’est-à-dire se faire remarquer ! Les media n’ont plus qu’à cueillir les petites phrases, à relater les divers événements et autres coups, préfabriqués pour eux.

Notre presse, du moins la presse écrite, est une presse d’opinion, ce qui est parfaitement louable. A ce titre, son rôle est de donner les faits sur les événements que l’on juge importants ou qui sortent de l’ordinaire, ainsi que des analyses, passées au prisme de ladite opinion. Tout le reste (et il en reste), c’est du ragot ! Cela se détecte assez facilement : on y cite des sources anonymes en utilisant de nombreux conditionnels (je vous renvoie à ce fameux sketch de Coluche sur “les milieux autorisés”, qui non seulement est drôle, mais est aussi une parfaite analyse du phénomène).

J’en reviens à l’interrogation du début. Comment, dans ces conditions, le citoyen lambda peut-il se forger une opinion ? Bien peu ont le temps nécessaire à y consacrer. Finalement, l’opinion de tout un chacun est formée par deux choses : une bouillie d’information prédigérée et pré-bien-pensée d’une part, puis son expérience quotidienne et personnelle d’autre part. Ce qui revient à hyper-personnaliser l’information : chacun ne voit plus midi qu’à sa porte et chacun saute du coq à l’âne, en fonction des sujets médiatiques de l’instant ou de ses soucis personnels. Dès lors, à la première difficulté, chacun tire la couverture à soi, ce qui fait les beaux jours des instituts de sondages qui décomptent les mécontentements. Et il y a bien des raisons d’avoir des mécontents, on ne peut le nier, au rythme des questions plus ou moins pertinentes, mais toujours polémiques. Il faut bien vendre … Le buzz, encore.

Or, il se trouve que le temps de la construction politique n’est pas le temps médiatique, et que l’intérêt individuel n’est pas l’intérêt général. La politique ne se mène pas à coup de sondage. Un sondage n’a pas « raison » à lui tout seul, il n’apporte aucune solution par lui-même.

Il nous faut donc réaffirmer que le résultat des dernières élections présidentielles est valable pour cinq ans, ainsi en a décidé le peuple, même s’il semble râler aujourd’hui. Remettre ce postulat en cause au nom d’une impatience ou d’une déception à la fin de la première année, c’est tout simplement une charge contre la démocratie et une remise en cause de la République. Il ne s’agit pas d’une équipe sportive qui doit changer d’entraineur en cours de saison pour faire plaisir à ses sponsors ! Il s’agit encore moins d’une « période d’essai », mais d’un mandat.

Les critiques doivent exister, c’est le sens et la nature de la démocratie. Mais celles-ci ne doivent pas rendre le pays ingouvernable et verser dans le populisme ou la mauvaise foi.