Cependant, le choix allemand n’est pas, selon Martin Wolf, exportable. Son argumentaire rejoint les arguments avancés à gauche de l’échiquier politique français.

Ainsi, par exemple, l’Allemagne a joué la modération salariale. En conséquence, les allemands consomment relativement peu. En même temps, l’Allemagne s’est tournée vers l’export. À qui a-t-elle vendu ? Entre autres, à des européens qui trouvaient de l’argent peu cher. Celui-là même que les allemands épargnaient à cause des modérations salariales. Les portugais, espagnols et irlandais ont dépensé cet argent « facile », y compris en achetant des produits allemands. Ils ont ainsi alimenté à la fois l’excédent commercial de l’Allemagne et le déficit privé dans leur pays.

Si on accepte maintenant les deux formulations « l’argent que je gagne est dépensé par quelqu’un d’autre » et « l’argent que je dépense est gagné par quelqu’un d’autre », alors

  • puisque les personnes privées et entreprises ne dépensent plus, il convient de trouver quelqu’un en mesure d’investir, de mettre de l’argent sur la table. Qui d’autre que les États peuvent actuellement le faire ? Dans ce cas, l’Union européenne devrait permettre aux États membres de dépenser ou bien la crise va se prolonger. Il conviendra de réduire les déficits en période d’expansion !
  • si l’Allemagne augmentait les salariés, ce qui semble possible au regard de l’économie allemande, ceux-ci consommeraient plus participeraient au redécollage.

Doit-on pour autant aller à la “confrontation” avec Madame Merkel ? Les mots de Claude Bartolone étaient trop forts. Néanmoins, ils ont permis le débat et un recadrage politique par le Gouvernement. L’Allemagne n’est pas une ennemie, mais une alliée. François Hollande a mis la touche finale, le 8 mai, en précisant « il y a un débat et, à la fin, ça se passe toujours avec un compromis entre la France et l’Allemagne. Ça sera encore le cas pour les grands dossiers que nous avons à régler ».

La France a besoin de l’Union européenne : à combien serait aujourd’hui le prix de l’essence sans l’euro ? L’Allemagne a besoin de l’Union européenne : sans l’euro, le mark serait tellement fort que les produits allemands seraient inabordables. L’Allemagne et la France n’ont donc effectivement d’autre choix que le compromis pour faire avancer l’Union européenne.