La teneur des propos qu’a pris la campagne n’est pas en effet dans les habitudes brestoises (du moins pour les dernières campagnes). Certes, il est d’usage de ne pas se faire de cadeaux entre droite et gauche, mais là, il faut reconnaitre que le niveau de violence verbale dans les échanges a franchi un cap nouveau pour Brest.

Cette violence a commencé bien avant que nous ne rentrions en campagne, quand déjà dans les meetings de Madame Malgorn on proposait de « chasser les socialistes de la ville », on nous accusait de «cadenasser le milieu associatif » et de « faire du clientélisme ». Elle-même se lançait ainsi dans sa campagne : « Nous allons disqualifier les socialistes pour gérer la ville de Brest ».

Déjà les fondamentaux d’une campagne s’appuyant sur une outrance verbale semblaient bien posés. Nous n’étions que fin octobre 2013 ! [ici et ]

Depuis les échanges n’ont fait que monter en violence, teintée d’une mauvaise foi caractérisée et de désinformation. Je ne vais pas vous faire l’énumération des attaques dans la presse. Récemment, l’une des plus violentes fut le discours du 13 février dernier, au Mac Orlan [ici].

Extraits de propos outranciers et diffamatoires dans le discours du Mac Orlan :

« Cuillandre, l’homme qui aura coûté un milliard d’€ aux Brestois ! Comment en est-on arrivé là ? Par aveuglement, par gloriole, par ignorance ou par dogmatisme ? » « Pas un tour de passe-passe à la manière illusionniste du maire sortant. » « La municipalité sortante s’est réfugiée dans l’attentisme et dans l’anecdotique. »

« Nos édiles socialistes aiment le théâtre, la mise en scène, les inaugurations spectaculaires… aux frais du contribuable. » « Nous n’avons pas les mêmes priorités que la municipalité socialiste sortante. Finies les dépenses de prestige. Finies les réceptions où l’alcool coule à flot. Plus de ces voyages à l’autre bout de la terre dont on ne saura jamais s’ils servent à autre chose qu’à entretenir l’amitié. »

« Arrivés à la mairie, nous n’allons pas embaucher vos enfants, vos conjoints ou vos amis munis d’une « bonne » carte politique. » « Balayons les miasmes du petit monde confiné des socialistes brestois qui font peser une chape de plomb sur la ville. »

Et je ne mets que les plus courts passages, car la moitié du discours se fait sur ce ton que l’on peut difficilement qualifier de respectueux envers l’équipe et le Maire actuel. Même si nous sommes des élus de gauche, nous ne sommes pas arrivés au pouvoir par un coup d’Etat à Brest ! Nous sommes, comme vous, des citoyens qui consacrons beaucoup de temps et d’énergie à ce que nous croyons être bien pour notre ville et ses habitants. La politique et l’esprit de notre République laïque, c’est la capacité à pouvoir se parler et non se faire la guerre publiquement et inutilement.

Sur le regard porté sur la ville :

« Quels commerces subsisteront dans des zones devenues terrain d’action de trafiquants de drogue ? Quelles familles voudraient habiter une cité où les insultes des malappris et les vols ou les violences obligent les élèves à prendre malgré eux le chemin des écoliers pour éviter certains passages ? Qui appréciera la promenade dans nos nombreux jardins publics si leurs bosquets obscurs camouflent trafics et libations qui se transforment parfois en bagarres au couteau ? Braquages de bureaux de tabac, de coiffeurs, de boulangeries et tout récemment encore d’une crêperie: c’est toute une activité économique qui est menacée ; c’est l’animation de nos quartiers qui s’éteint. »

Au secours ! ! On se croirait dans le Bronx !

Faire de faits divers, que nous regrettons tous, une généralisation de ce qui se passe sur une ville est une insulte aux brestois. Les habitants nous disent déjà qu’ils souffrent de la façon dont la presse traite leurs quartiers, en ne renvoyant et donnant q’une image déformée de l’engagement et des efforts faits par les habitants, en ne retenant que le négatif et masquant le positif. Ces propos ne font que conforter des stéréotypes afin d’alimenter les craintes et les peurs.

Parlons des problèmes, mais avec justesse et non excès. Cela n’empêche en rien d’apporter ensuite des visions et des propositions différentes entre nous.

« La démocratie locale est en panne à Brest : Abstentionnisme électoral ; Conseils de quartiers en léthargie ou transformés en chambres d’enregistrement ; Associations sous influence ; Simulacres de concertation et de consultations ; Opacité, antichambre du clientélisme, pour l’accès aux emplois, aux logements, aux services publics locaux ; Et l’opposition muselée, tellement raillée qu’elle finit par céder à la tentation de se rallier ou de jouer les figurants de l’opposition de Sa Majesté. »

Mais où sont les preuves de tout cela. C’est juste de la calomnie et de la diffamation à bon compte. Et si tel était le cas, c’est cracher sur le travail de la presse, de l’opposition, des citoyens libres qui ne manqueraient pas de contester ces dysfonctionnements en masse. Tout cela n’est qu’exagération de points de vue très particuliers.

« S’agissant des rythmes scolaires, il faut bien admettre que la mise en œuvre aveugle et à la hussarde de leur réforme … »

Même Jean-Pierre Raffarin a parlé positivement du travail fait à Brest ! Ce travail repose sur l’anticipation et la concertation, dans une ville qui a la chance de posséder un socle associatif / éducatif et des habitants attentifs à ces sujets-là.

« Foin de l’appareil municipal de communication avec ses multiples supports de propagande. »

Là, on finit par rejoindre la thèse du FN et de sa police politique. Pas de chance, Brest à un des budgets de communication les plus bas de France (allez voir les analyses comparatives du Figaro sur le sujet ici). Venant des amis de Monsieur Sarkozy, qui avait en son temps explosé les budgets communications et sondages de l’Elysée, c’est plutôt paradoxal …

Finissons par les vidéos sur le site de Madame Malgorn :

Monsieur Chapalain qui récuse la légitimité d’un maire à revendiquer son rôle sur les projets d’urbanisme faits sur son territoire en arguant qu’ils seraient le fait des financements d’Etat et donc la réalisation de Monsieur Borloo (alors que le projet fut initié avant qu’il soit Ministre d’ailleurs !). Certes, le Maire ne fait que poser la 1ère pierre des projets, mais il est le porteur de toute la dynamique, de l’ambition, de la recherche des financements croisés et il assume souvent la responsabilité du suivi de la réalisation.

Monsieur Belarbi (16ème sur la liste Malgorn) : « Nous avons à la mairie un socialisme du siècle dernier, un socialisme qui pratique surtout du clientélisme … ». Sans commentaires …

Monsieur Fourn (32ème sur la liste Malgorn) enfin qui critique la politique de la ville en matière associative, en parlant de sa propre expérience. Monsieur Fourn est responsable d’une association de rencontre entre adultes : Ki Bouge 29. Très bien ! Mais, il y a plus de 1500 associations déclarées à Brest. La ville en loge une centaine et il y a bien, contrairement à ce qu’il dit, un Pôle associatif à Brest depuis 2009, à Pen Ar Créach. On ne peut pas loger toutes les associations, il y a des associations de quartier pour cela. Quant aux rendez-vous avec les élus, le minimum est d’en faire la demande et je ne connais pas d’association à qui un premier rendez-vous ait été refusé !

Alors oui, pourquoi tant de haine ?

L’élection est une compétition. N’attendez pas de nous que nous ne répondions pas. Dans la presse, nous nous sommes toujours attachés à faire des réponses équilibrées par rapport aux attaques.

Nous répondrons aussi parce que loin de museler la ville, nous sommes fiers de celle-ci et de ce qui a été bâti, pas par nous, mais par l’ensemble des brestois et des brestoises. Le rôle du politique n’est plus d’être la personnalité providentielle qui va changer tout comme se targue d’être Madame Malgorn (vision très classique à droite), il est celui de rendre possible les projets, d’anticiper et d’accompagner l’évolution d’une ville et de ses habitants, toujours avec écoute et bienveillance.

Alors oui, pourquoi tant de haine ?

Lorsque nous passons faire du porte-à-porte dans les quartiers populaires, certains habitants nous parlent d’un autre parti venu leur dire que leur logement serait bientôt cédé à des Kosovars. Le bon vieux mythe recyclé du « 9.3 », dénoncé partout en France, par des Maires de droite comme de gauche (ici dans le Figaro). On n’a pas de preuve, mais on finit bien par savoir qui tient ce genre de propos, surtout quand Madame Jouanique (23ème sur la liste Malgorn) parle ouvertement « des transferts de populations qui viennent des banlieues parisiennes chercher à Brest de la place en HLM » sur son profil Facebook [ici] et que Madame Boulch (directrice de campagne) ne rectifie pas le propos. Est-ce cela faire de la politique à droite, ou bien à l’extrême droite ?

Pourquoi tant de haine dans cette campagne politique ? Pourquoi l’arrivée de Madame Malgorn sur Brest déclenche ce genre de campagne nauséeuse ? Je crains que la réponse soit dans la question et c’est d’ailleurs probablement la meilleure preuve de son parachutage, car c’est un fait nouveau dans le milieu politique brestois. Nous avions rompu avec cela, depuis les années 80 où le Maire de droite au pouvoir à Brest parlait de « chienlit » de son propre camp, du haut de la décharge du Spernot.

Et un discours républicain et respectueux de la droite ne signifie pas qu’elle soit à la botte de la gauche ou du pouvoir. Au contraire, cela devrait plutôt signifier qu’elle est droit dans ses bottes !

Alors oui, pourquoi tant de haine pour Brest ?

Posons-nous ensemble cette question. L’image donnée de Brest est pitoyable et est probablement peu appréciée des brestois eux-mêmes qui en ont déjà ras-le-bol du politique en général. Ces regrettables 50% d’abstention ne sont pas le fait d’un parti, mais de l’ensemble des partis.

Qui est cette Madame Malgorn pour arriver sur Brest en jouant les sauveuses, mais détruit et salit la ville de ses propos.

Il ne s’agit pas de dire que tout va bien à Brest. La ville n’est pas une péninsule étanche aux problèmes du reste du monde et elle génère aussi ses propres problématiques, ses propres attentes. Le propos n’est pas non plus de dire que l’équipe actuelle n’a fait que du merveilleux et qu’aucuns projets ne sont à questionner. Tous les jours nous questionnons, nous évaluons, nous remettons en cause ce qui est fait. Pourquoi d’autres n’auraient pas le droit de le faire aussi ?

Dans le domaine de la politique comme dans celui de l’économie, il n’y a pas de formule magique ou de recette toute faite (nous ne serions pas en pleine crise sinon !) On apprend en marchant car on ne reprend jamais la même route. Ceux qui font croire à cela trompent ou se trompent.

Oui, pleins de projets sont encore à faire pour Brest et c’est aussi cette ambition qui nous nourrit et nous motive. Mais la première des choses est d’aimer Brest et d’aimer ceux qui y habitent, la font vivre et l’animent.

Alors finalement, pourquoi tant de haine ?

La réponse est malheureusement désespérément simple. Parce que c’est la facilité pour fédérer. Parce que depuis la nuit des temps, ce n’est pas toujours par le projet collectif que l’histoire s’est faite. Certains politiques rassemblent en stigmatisant, en créant un autre qu’il faudrait haïr et détester ensemble.

Mais ça, ce n’est jamais la politique de ceux qui servent les autres, mais de ceux qui se servent des autres en faisant de la politique. A chacun maintenant de choisir son camp et ce n’est ni une histoire de droite, ni de gauche.

Thierry Fayret