Ce qu’ils ne vous disent pas. Le Monde fonctionne justement parce que les gens ne sont pas aussi égoïstes que les économistes libéraux le pensent ! Pour ces derniers, l’intervention de l’État dans l’économie est, dans le meilleur des cas neutre et, dans le pire des cas, fait plus de torts que de biens mais doit-on les croire ? Lors d’une colloque sur le miracle asiatique, le président de Kobe steel affirma : « le bureau exécutif de notre entreprise approuve la plupart des innovations présentées par les salariés parce que nous pensons qu’ils travaillent pour le bien de l’entreprise. Il n’est pas possible de diriger une organisation bureaucratique comme une entreprise ou un gouvernement si vous pensez que chacun est égoïste». Un autre exemple qui montre que les employés travaillent pour le bien de leur entreprise, administration : la grève du zèle. Elle a en effet pour conséquence de réduire la production de 30 à 50 % alors que les travailleurs ne font rien d’autre que suivre scrupuleusement les règles ! Preuve s’il en est, que la bonne volonté du travailleur est nécessaire et que tout ne peut pas être écrit dans un contrat. Les motivations des travailleurs sont multiples : intérêt pour le travail, amour propre, solidarité avec les collègues, loyauté envers l’entreprise … Enfin, un dernier exemple : le système Toyota. Dans cas, l’entreprise prend en compte la bonne volonté et la créativité des travailleurs en leur donnant des responsabilités et en leur faisant confiance en tant qu’agent moral. Les deux exemples japonais démontrent qu’en ne supposant pas le pire de ses travailleurs, les entreprises ont obtenu le meilleur.

Mais, malgré ces exemples, les économistes libéraux pourront rétorquer que si le travailleur agit ainsi c’est parce qu’ils maximisent les récompenses et minimisent les punitions. Même si ces arguments sont valables, ils n’expliquent cependant pas tout. Nous vivons en effet dans une société humaine qui possède ses propres codes moraux que les individus s’approprient (se sentir utile, être juste, être poli, avoir la reconnaissance de ses semblables…). S’il n’est pas ici question de nier l’égoïsme, ce n’est pas la caractéristique première, ni la caractéristique prédominante de l’être humain. Margaret Thatcher avait donc tort lorsqu’elle affirmait que « le concept de société n’existe pas ». Les économistes adeptes des marchés libres également : pour eux, la dérégulation et les privatisations sont économiquement efficaces en ce qu’elles réduisent les possibilités que des bureaucrates utilisent l’État pour leur propre profit et non pour le bien général.