En quoi l’inflation est-elle mauvaise ? Une hyper-inflation sape les fondements du capitalisme puisque l’information donnée par le prix est inexistante. Lorsque les prix doublent toutes les 6 heures, il n’est pas possible de fixer un salaire, de négocier les prix avec les sous-traitants, de négocier un prêt par exemple. Une hyper-inflation, comme dans les années 1920 en Allemagne, est indubitablement mauvaise pour l’économie. Depuis les années 1980, des économistes adeptes des marchés libres ont convaincu le reste du monde que la stabilité économique, qu’ils associent à une inflation idéalement nulle, devait être atteinte quels qu’en soient les coûts. Leur credo : « l’inflation est mauvaise pour l’économie ». L’inflation visée doit donc être comprise entre 1 % et 3 % par an. Cette croyance reste néanmoins théorique car aucune étude ne prouve qu’une inflation faible soit mauvaise pour l’économie, contrairement à une hyper-inflation. Une étude américaine montre même qu’une inflation de 8-10 % n’a pas d’impact significatif sur la croissance d’un pays. Un exemple est donné par la Corée du Sud, pays qui a connu une croissance de 7 % par an avec une inflation de 20 % par an. Il existe même des faits historiques qui démontrent le caractère néfaste de lois anti-inflation pour l’économie d’un pays : le Brésil a vu sa croissance chuter alors que le pays mettait en place un contrôle de son inflation ; il en a été de même pour l’Afrique du Sud depuis 1994. Pourquoi ? Parce que les politiques qui visent à maîtriser l’inflation réduisent l’investissement et donc la croissance. En effet, si on veut maîtriser une inflation trop forte dans un pays : • la Banque centrale va augmenter ses taux, qui sont des taux à court-terme ; • ses taux à court-terme se reflètent dans les taux que les banques commerciales appliquent à leurs clients ; • puisque les taux bancaires sont trop élevés, les clients donc aussi les entreprises empruntent moins ; elles achètent donc moins de machines … elles investissent moins ; • puisqu’elles investissent moins, elles sont moins productives ou moins compétitives. Les entreprises n’offrent pas de meilleurs produits à moins cher par exemple … • l’économie n’est pas au top et la croissance s’en ressent ; L’argument selon lequel l’inflation est mauvaise pour la croissance ne tient pas la comparaison historique. En effet, la croissance n’a jamais été aussi faible depuis que la maîtrise de l’inflation est érigée en dogme.

Un des arguments des économistes des marchés libres est le suivant : si l’inflation est de 7 % alors personne ne prêtera à moins de 7 % pour ne pas perdre de l’argent. Mais à ce taux-là, seuls les placements risqués sont disponibles. L’argument ne tient pas vraiment puisque de nombreux pays, y compris le nôtre, ont connu de telles inflations et des taux de croissance très corrects. En outre, historiquement, lorsqu’il y avait de l’inflation, les pays ne connaissaient pas de crises bancaires. Depuis la mise en place de politiques anti-inflationniste, le pourcentage de pays connaissant une crise bancaire a pu monté jusqu’à 35 % en 2008. Le marché du travail est aussi devenu beaucoup plus instable : chômage parfois élevé, flexibilité accrue, productivité accrue …

Certes, l’inflation est un indicateur réellement important mais ce n’est pas l’indicateur primordial pour les individus. Il est en effet bien plus traumatisant de perdre son emploi ou de voir sa maison saisie que de vivre dans une économie dans laquelle l’inflation est à 7 %.

Les économistes des marchés libres, aussi appelés économistes néo-libéraux, exigent une inflation faible, une plus grande mobilité du capital et une plus grande flexibilité (c’est-à-dire insécurité). S’ils le font, c’est parce qu’ils défendent les intérêts des détenteurs d’actifs financiers. Les actifs financiers ayant des taux d’intérêts nominaux, par exemple un taux fixe de 3 % par an, et si l’inflation est élevée, par exemple 6 % par an, l’investisseur perd de l’argent. Il est donc important pour celui qui possède de tels actifs financiers que l’inflation soit la plus faible possible. Ces mêmes économistes demandent une flexibilité dans le marché du travail car elle permet d’embaucher et de licencier plus facilement. Cette flexibilité permet donc des restructurations plus aisées. On peut ainsi imaginer un industriel qui achète une entreprise en mauvaise situation, qui licencie, qui augmente donc les marges de l’entreprise et qui revend celle-ci avec une rapide plus-value.

En résumé, pour l’auteur du livre, la maîtrise de l’inflation sert de prétexte à des politiques qui ne bénéficient qu’aux détenteurs d’actifs financiers, au prix de la stabilité de long-terme, de la croissance économique et du bien-être humain …